4 260 kilomètres de bitume, de terre rouge et de promesses suspendues : la Transamazonienne n’est pas une simple route, c’est une ligne de front, une fracture qui traverse l’une des dernières grandes forêts primaires du globe. Cette artère, née dans la fureur des années 1970, n’a jamais cessé de susciter le débat, ni de façonner le destin de l’Amazonie brésilienne.
Au cœur de l’Amazonie : une forêt traversée par des routes stratégiques
Le bassin amazonien, immense et impénétrable à première vue, se laisse pourtant traverser par quelques axes majeurs, véritables corridors de circulation et de transformation. La Transamazonienne (BR-230) en est le symbole, mais d’autres routes, telles que la BR-163 entre Cuiabá et Santarém ou la BR-319 reliant Manaus à Porto Velho, marquent elles aussi le territoire. Ces voies, souvent réduites à l’état de pistes, surtout lors des pluies diluviennes, redessinent la carte d’un espace longtemps réputé infranchissable.
Si ces routes facilitent le passage, elles modifient aussi en profondeur la dynamique de la forêt. Elles permettent l’arrivée de nouveaux habitants, accélèrent les exploitations agricoles et forestières, et fragmentent les habitats naturels. Chaque tronçon asphalté ouvre la porte à l’installation de colons, à l’exploitation du bois, à la progression de la déforestation. Le sort des peuples autochtones et la survie de la biodiversité se jouent souvent à quelques kilomètres d’un chantier routier.
| Route | Région traversée | Impact sur le territoire |
|---|---|---|
| BR-230 (Transamazonienne) | Pará, Amazonas, Maranhão | Ouverture du front pionnier, déforestation, pressions sur les peuples autochtones |
| BR-163 | Mato Grosso, Pará | Facilite le transport de soja, contribue à la fragmentation du couvert forestier |
| BR-319 | Amazonas, Rondônia | Relie des régions isolées, enjeux de connectivité et de préservation |
Dans ces vastes zones, la population reste clairsemée. Pourtant, la présence de routes suffit à bouleverser l’équilibre : elles ouvrent la voie à de nouveaux usages, mais fragilisent un patrimoine naturel et humain d’une rare richesse.
Quels sont les principaux axes routiers et leur rôle dans la région amazonienne ?
La BR-230, pilier du désenclavement amazonien, relie Cabedelo sur la côte atlantique à Lábrea, dans l’État d’Amazonas. Imaginée pour attirer de nouveaux habitants venus du sud, elle incarne la volonté politique d’intégrer ces territoires reculés au reste du pays. Depuis Santarém, la BR-163 fend la forêt pour atteindre Cuiabá, un axe aujourd’hui vital pour l’exportation de soja et de maïs. Plus au nord, la BR-319 tente de relier Manaus, grande ville isolée, à Porto Velho et au reste du Brésil.
À ces routes principales s’ajoutent de nombreux axes secondaires, qui serpentent à travers le Pará, Rondônia ou Mato Grosso. Elles ouvrent l’accès à des zones longtemps inaccessibles, où l’activité humaine reste modeste, mais où les flux de marchandises n’ont jamais été aussi intenses. Ici, tout dépend de la saison : un pont effondré, une piste submergée, et l’isolement reprend ses droits.
Voici les axes majeurs qui structurent la région :
- BR-230 (Transamazonienne) : traverse plusieurs états, moteur de la colonisation et du développement du front pionnier.
- BR-163 : relie le Mato Grosso à Santarém, artère logistique incontournable pour l’agro-industrie.
- BR-319 : tente de connecter Manaus à Porto Velho, mais reste capricieuse, surtout quand la pluie s’en mêle.
Ces routes ne sont pas de simples traits sur une carte. Elles influent sur la géographie, redessinent les échanges, et ouvrent la forêt à l’économie brésilienne.
Entre défis environnementaux et enjeux humains : l’impact des routes sur l’Amazonie
Tracer une route au milieu de la forêt amazonienne, c’est bouleverser des équilibres vieux de plusieurs millénaires. À chaque mètre conquis sur la végétation, la déforestation avance. Les images satellites le montrent sans détour : les clairières s’étendent, témoignant d’une fragmentation croissante des habitats naturels. Dès la construction de la Transamazonienne, dans les années 1970, le front pionnier a progressé à grande vitesse, accélérant la transformation de la région.
Les peuples autochtones sont en première ligne. Les routes facilitent l’accès à leurs terres, générant des conflits, des colonisations non autorisées, et une pression constante sur les territoires protégés. Dans le parc national de Jamanxim, par exemple, l’orpaillage illégal, la coupe de bois et l’installation de colons ont connu une véritable explosion. À chaque nouvel axe routier, les mutations sociales et écologiques se font sentir jusque dans les confins de la forêt.
Les animaux, eux aussi, paient le prix fort. Nombre d’espèces endémiques perdent leur habitat, certaines frôlent la disparition. Les autorités tentent d’encadrer l’expansion des routes, de préserver parcs et réserves, mais la pression économique et la réalité du terrain rendent la tâche complexe. L’avancée du réseau routier continue de transformer l’Amazonie, entre ambitions de développement et fragilité des milieux naturels.
Accéder à la forêt amazonienne aujourd’hui : conditions, points d’entrée et réalités du terrain
Le réseau routier qui sillonne la forêt amazonienne couvre une superficie impressionnante. Entre routes principales et pistes secondaires, la Transamazonienne (BR-230) relie Cabedelo, près de l’Atlantique, à Lábrea, en plein cœur de l’Amazonie. Cet itinéraire, souvent mis à mal par les pluies et la végétation, demande une vigilance permanente à ceux qui l’empruntent.
Au nord, la BR-319 relie Manaus à Porto Velho, traversant une zone marquée par l’humidité extrême et de nombreux cours d’eau. Ici, les infrastructures sont précaires : la boue engloutit parfois la route, les ponts de fortune ne résistent pas toujours aux intempéries. Les principaux points d’accès, comme Belém, Cuiabá ou Santarém, concentrent la logistique, les flux de migrants et les expéditions scientifiques.
Quelques accès notables permettent d’entrer dans la région :
- La BR-163 permet de rejoindre Santarém depuis Cuiabá et dessert la partie occidentale du parc national de Jamanxim.
- À Manaus, l’Avenue Liberté sert de porte d’entrée urbaine vers la forêt environnante.
L’accès à ces axes dépend largement des conditions climatiques, de l’état des pistes et des contrôles mis en place dans des zones comme la zone métropolitaine de protection de l’environnement de Belém ou sous l’égide du programme Calha Norte. Pour s’y aventurer, un véhicule tout-terrain est presque indispensable. La traversée impose de composer avec l’isolement, la rudesse du climat, et les restrictions imposées par le ministère brésilien des transports et les instances environnementales. On ne s’improvise pas voyageur sur ces routes : chaque kilomètre se mérite, chaque passage raconte une histoire d’adaptation et de défi.
Au fil des saisons, la Transamazonienne et ses sœurs de bitume continuent de façonner la forêt. Entre avancées humaines et brèches ouvertes dans la canopée, l’Amazonie reste résolument indomptée. Reste à savoir jusqu’où ses routes la mèneront, et à quel prix.


